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Maurice Maeckelberghe raconte
Avant la ville nouvelle...
A la fin des années 30, Maurice passait ses vacances scolaires à travailler à la ferme. « Il n'y avait pas de vacances, raconte-t-il. Seuls,quelques privilégiés pouvaient partir...Il fallait faire les récoltes, soigner les bêtes chaque jour. Ma soeur et moi accompagnions notre père. Plus âgée que moi, je la revois biner les betteraves ou ramasser les pommes de terre à la tâche. Tout était au sac, 50kilos à porter. Plus on en faisait, plus on gagnait.» Un accident de travail aux conséquences dramatiques. « En 1938, décrit Maurice, mon père a été victime d'un grave accident de travail, l'handicapant fortement. Un beau matin, mon père graissait la mécanique du décrotteur à betteraves et du coupe-racines, aidé par deux jeunes - mon futur beau-frère et un habitant de la rue de Magny. Occupés à chahuter dans la meule de paille, ils ne virent pas arriver leur patron, excédé par la situation (on ne s'amusait pas à l'époque, il fallait travailler!). Bien décidé à leur faire reprendre leur travail, il réenclencha l'appareil sans se douter de la présence de mon père dont le maillot fut happé, suivi du bras qui fit un tour complet, écrasé, bloquant ainsi le moteur.» Devant l'avancée allemande, une seule échappatoire : l'exode. Les hommes partis au front, un chef de culture est venu d'Alsace pour gérer la ferme pendant toute la durée de la guerre. Lorsque l'armée française battit en retraite, ce fut l'exode. « Nous étions environ trois cents dans le village, se rappelle Geneviève, l'épouse de Maurice, alors petite fille Corsange. Nous sommes partis avec la famille Trudon, eux aussi fermiers. Mon père avait attelé deux grandes charrettes remplis d'objets divers autant qu'inutiles. Nous allions doucement pour ménager les chevaux et avons passé la nuit dans la paille d'un hangar d'une ferme à Chaumes-en-Brie. Les autres animaux étaient restés, abandonnés sur place. Au matin, on a entendu le sifflement des Stukas, puis les Allemands nous ont dit que la guerre était finie et que nous pouvions rentrer chez nous.» Pour Maurice, le retour à Romainvilliers prend une tournure tragi-comique. L'évacuation du village se fait en trois temps. Il y en a qui sont partis très vite. Ensuite, la future femme de Maurice a suivi avec sa famille. Cependant, certains décident de rester. « On est partis les derniers, avec la famille Blondé, précise Maurice. Nous avons appris qu'à Melun le pont était coupé et nous avons rencontré les Allemands à Fontenay-Trésigny. Le capitaine allemand nous a dit de retourner chez nous. S'il y a eu du mal de fait, a-t-il insisté, ce ne sont pas les troupes allemandes qui l'ont fait mais les soldats français. Cet homme-là avait été compagnon quatre ou cinq ans chez Jean Cloud où il trayait les vaches. Il faisait sûrement partie de la 5e colonne et avait préparé le coup. Nous avions parmi nous un dénommé Jojo ayant fait la Légion étrangère et un peu « détraqué ». Il ne voulait plus remonter sur le tracteur pour le ramener à Romainvilliers. Seules, restaient les femmes, ma mère, la mère Froment, la mère Richard... mais, là, pas question de le conduire. Déjà à la tête d'un autre convoi, Albert Blondé m'a mis sur le tracteur attelé à deux chariots et à sa voiture, une vieille Renault, puis a embrayé... Et vogue la galère ! J'avais treize ans, mesurais 1,49m et ne pouvais débrayer. Lorsque je braquais, les roues avant, en fer, s'enfonçaient dans le goudron... surtout à partir de Jossigny. J'ai réussi à virer au cimetière, où il y a le Christ, suis rentré dans la ferme Blondé, et j'ai commencé à tourner autour du tas de fumier jusqu'à ce que le père Blondé vienne tirer sur l'embrayage pour m'arrêter. Aujourd'hui encore, je me demande comment j'ai pu regagner Romainvilliers.»
Pendant la durée de la guerre, la vie de la commune continue... Le 29 septembre 1940, le Conseil municipal, présidé par Charles Corsange, Adjoint au Maire, présente un projet d'adduction d'eau permettant d'utiliser, comme travail d'intérêt collectif, un grand nombre d'ouvriers au chômage. Ce projet sera abandonné par délibération du Conseil municipal du 23 février 1941. Motif : la municipalité de Magny le Hongre refusant de s'associer à la commune de Bailly, cette dernière ne pouvait assumer seule la charge des travaux à effectuer. Avec la guerre, la situation de plusieurs habitants devient précaire. Le Conseil municipal accorde des secours en matière d'habillement, parfois quelques oeufs aux familles privées d'un père. Si la récolte d'un jardin risquait de se perdre, les légumes étaient attribués en priorité à une famille nécessiteuse. Un cochon bien énigmatique
Le Briard n'a pas vraiment l'esprit ouvert
La vie familiale de Maurice bascule le 10 janvier 1941, le lendemain de ses 14 ans. Son père, diminué physiquement des suites de son accident du travail en 1938 au cours duquel il avait perdu un bras, meurt, terrassé par une embolie.
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